samedi 8 août 2015

La coccinelle.... Poème de Victor Hugo



Après une interruption d’un mois, je reviens vers vous avec un nouveau Windows, le 10 offert gracieusement en téléchargement par Microsoft et un poème tout en légèreté de Victoe Hugo ... La coccinelle.
Porte bonheur cet insecte est aussi appelé " bête à bon dieu "
Prima





Elle me dit : «  Quelque chose
Me tourmente. » Et j'aperçus
Son cou de neige, et, dessus,
Un petit insecte rose.

J'aurais dû - mais, sage ou fou,
A seize ans on est farouche,-
Voir le baiser sur sa bouche
Plus que l'insecte à son cou.

On eût dit un coquillage ;
Dos rose et taché de noir.
Les fauvettes pour nous voir
Se penchaient dans le feuillage.

Sa bouche fraîche était là :
Je me courbai sur la belle,
Et je pris la coccinelle ;
Mais le baiser s'envola.

«  Fils, apprends comme on me nomme »,
Dit l'insecte du ciel bleu,
« Les bêtes sont au bon Dieu,
Mais la bêtise est à l'homme.»

Paris, mai 1830
Recueil : Les Contemplations

Victor Hugo ( 1802 – 1885 )






mercredi 8 juillet 2015

La marine à voiles ... poème de Raymond Queneau


Le Tenacious, 
magnifique trois mâts
devant 
les remparts de Saint-Malo.
( avril 2008 )


" Être en vacances,
c'est n'avoir rien à faire
et
avoir toute la journée pour le faire."
                              Robert Orban, écrivain

L'Etoile du Roy et la Boudeuse dans le port de Saint-Malo

Après avoir descendu tout le long le long du mât de misaine
et salué le petit cacatois, le petit perroquet, le petit volant et le petit hunier
le marin de terre sèche salue le bon vieux dictionnaire
qui lui donne l'image du voilier trois-mâts avec ses principaux agrès
il s'embarque avec son sac et se présente au capitaine
le voilà médecin de bord ( pourquoi pas ) pendant cette traversée
on fera le tour du monde en longeant les terres lointaines
on verra souffler les blanches baleines
et l'on reviendra en se promenant à travers l'Océanie
on restera si l'on ne sombre au moins trois ans partis
au retour on trouvera les enfants grandis
regardant avec joie dans leur dictionnaire
la figure majestueuse du voilier trois-mâts avec ses principaux agrès
           
                    Raymond Queneau (  1903 - 1976 )
              [  Fendre les flots ]



Le port de Saint-Cast







dimanche 14 juin 2015

Le Fou des Fleurs.... légende chinoise _ Poème de Li Po : La neige ne charge plus les branches de l'abricotier ....



"Si tu veux être heureux une heure, bois un verre ;
Si tu veux être heureux un jour, marie-toi ;
Si tu veux être heureux toute ta vie, fais-toi jardinier."


             Proverbe chinois



" Sous la dynastie des Song, au sud du fleuve Yangtsé, non loin du village Joie Eternelle... "  ainsi commence la légende du Fou des Fleurs... son jardin était très renommé, il y avait en son jardin toutes les espèces de pivoines , une quarantaine de variétés , à fleurs simples ou doubles...
" Certaines étaient aussi larges que des soucoupes, portaient des noms poétiques comme Pavillon de Jade, Pavillon Emeraude, Pulpe de Pastèque, Lion Noir Dansant, Tête de Dragon Rouge ... " 

Je ne vais point conter toute la légende, ce serait un peu long, ....

C'est donc  l'histoire d'un vieux jardinier qui éleve ses fleurs comme ses propres filles avec beaucoup d'amour ... mais un jeune seigneur qui passe par là ,avec ses compagnons de boisson, dévaste son jardin..... C'est compter sans la Déesse des Fleurs....

"Soudain sous les yeux ébahis des villageois,le jardin et la 
chaumière du vieillard qui avait rajeuni se détachèrent du sol. Sur son tapis volant de brocart parfumé, le Fou des Fleurs traversa les nuages de ce monde impermanent pour entrer dans les vergers célestes "  Prima
"


La neige ne charge plus les branches
de l'abricotier ;
Le souffle du printemps renaît parmi
les rameaux du saule.
Les chants amoureux de l'oiseau yng
portent l'ivresse dans les sens ;
L'hirondelle est de retour et voltige
au bord des toits,
en poussant son petit cri ;
C'est le temps des longs jours,
c'est le temps où le soleil
éclaire la natte des joyeux convives ;
C'est le temps où les fleurs nouvellement
écloses
et danseuses élégamment parées se font
valoir mutuellement....

Sur les bords du Jo-yeh, les jeunes filles
cueillent la fleur du nényphar.
Des touffes de fleurs et de feuilles
les séparent ;
Elles rient et, sans se voir , échangent
de gais propos ;
Un brillant soleil reflète au fond de l’eau
leurs coquettes parures ;
Le vent, qui se parfume dans leurs
Manche, en soulève le tissu léger….

Li Po  ( 701 - 762 )
Poème extrait  de la légende


«  Le Fou des Fleurs  »

de Karl  Bang

jeudi 28 mai 2015

Venise - La dentelle et le temps, poème de Jacqueline Herfray



La dentelle de Venise est née au XVI ème siècle au beau milieu de la Renaissance italienne, elle fut très appréciée en Europe au point de devenir une marchandise d’exportation aussi importante que le verre de Murano.
Aujourd’hui la dentelle originale de Venise et en particulier de Burano est encore réalisée à la main. Elle est aussi chère qu’appréciée. Il faut en effet des semaines pour broder un simple contour de mouchoir et des mois, voire des années pour un drap.
Lorsque je suis allée à Burano, il me fut donc possible de l'admirer sans pouvoir en acheter, ..à mon grand regret..




Combien d’heures de rêverie
se sont faufilées
dans ces entrelacs,
se sont enfermées dans ces broderies ?
En combien d’heures
tes yeux lassés
se sont-ils usés
avant l’âge ?
Ton œuvre, point à point,
dessine ta vie
Quand la dentelle
– nappe de joies,
mouchoirs des pleurs –
sera-t-elle achevée ?

Jacqueline Herfray
Recueil : Dans les plis du temps, l’intant
Editions Couleurs et Plumes




Si Burano est connue pour sa dentelle, l’île est également connue pour ses canaux bordés de maisons très colorées. Cette tradition de peindre les maisons date du 7e siècle. Ainsi, les pêcheurs pouvaient apercevoir leur demeure, en rentrant de la pêche et mieux se diriger sur la lagune. 
Prima




samedi 9 mai 2015

Hora prima _ poème de Sully Prudhomme

«  Le rêveur passe pour n’être pas vivant, mais il n’est qu’absent : il vit en dedans par une concentration si intense de la vie, que rien n’en transpire au dehors. » 

Sully Prudhomme
( 1839 – 1907 )



Sully Prudhomme fut le tout premier Prix Nobel de Littérature en 1901...ce fut donc la France qui ouvrit cette longue série de Nobel !  
" Suis-je un poète, suis-je un philosophe ? " se demandait Sully Prudhomme, il fut poète-philosophe ! Prima


J'ai salué le jour dès avant mon réveil ;
Il colorait déjà ma pesante paupière,
Et je dormais encor, mais sa rougeur première
A visité mon âme à travers le sommeil.

Pendant que je gisais immobile, pareil
Aux morts sereins sculptés sur les tombeaux de pierre,
Sous mon front se levaient des pensers de lumière,
Et, sans ouvrir les yeux, j'étais plein de soleil.

Le frais et pur salut des oiseaux à l'aurore,
Confusément perçu, rendait mon coeur sonore,
Et j'étais embaumé d'invisibles lilas.

Hors du néant, mais loin des secousses du monde,
Un moment j'ai connu cette douceur profonde
De vivre sans dormir tout en ne veillant pas.

René-François Sully Prudhomme  

(1839-1907)






mercredi 15 avril 2015

Le Voyage … poème de Charles Baudelaire ( extrait )

« Il n’y a d’homme plus complet que celui qui a beaucoup voyagé, qui a changé vingt fois la forme de sa pensée et de sa vie. »

Alphonse de Lamartine
( 1790 – 1869 )

*********
Peinture de Claude Thébergé
Le voyage imaginaire



de Claude  Thébergé


A Maxime Du Camp.
                          1-
Pour l'enfant, amoureux de cartes et d'estampes,
L'univers est égal à son vaste appétit.
Ah ! que le monde est grand à la clarté des lampes !
Aux yeux du souvenir que le monde est petit !

Un matin nous partons, le cerveau plein de flamme,
Le coeur gros de rancune et de désirs amers,
Et nous allons, suivant le rythme de la lame,
Berçant notre infini sur le fini des mers :

Les uns, joyeux de fuir une patrie infâme ;
D'autres, l'horreur de leurs berceaux, et quelques-uns,
Astrologues noyés dans les yeux d'une femme,
La Circé tyrannique aux dangereux parfums.

Pour n'être pas changés en bêtes, ils s'enivrent
D'espace et de lumière et de cieux embrasés ;
La glace qui les mord, les soleils qui les cuivrent,
Effacent lentement la marque des baisers.

Mais les vrais voyageurs sont ceux-là seuls qui partent
Pour partir, coeurs légers, semblables aux ballons,
De leur fatalité jamais ils ne s'écartent,
Et, sans savoir pourquoi, disent toujours : Allons !

Ceux-là dont les désirs ont la forme des nues,
Et qui rêvent, ainsi qu'un conscrit le canon,
De vastes voluptés, changeantes, inconnues,
Et dont l'esprit humain n'a jamais su le nom !

  ( .... )

 Charles Baudelaire ( 1821 - 1867 )

Le grand large de Claude Thébergé






vendredi 3 avril 2015

Le Printemps .... poème de Georges de Scudéry




" À l'entrée du jardin
fleurit le blanc 
d'un camélia "

Ueshima Onitsura
( 1661 - 1738 )



Rose et non blanc est mon camélia !

Lorsqu'en février apparaissent ses premiers boutons et début mars ses premières fleurs je sais que le printemps n'est pas bien loin. Magnifique bouquet, toutefois si fragile sous la pluie et le vent de ces derniers jours. Prima 




Enfin la belle Aurore, a tant versé de pleurs,
Que l'aimable Printemps nous fait revoir ses charmes ;
Il peint en sa faveur, les herbes et les fleurs,
Et tout ce riche Émail, est l'effet de ses larmes.

Cibèle que l'Hiver accablait de douleurs,
Et qui souffrait des vents les insolents vacarmes ;
Mêle parmi ses Tours, les plus vives couleurs,
Et triomphe à la fin par ces brillantes Armes.

Les Roses et les Lis, d'un merveilleux éclat,
Confondent la blancheur, au beau lustre incarnat ;
La Tulipe changeante, étale sa peinture :

Le Narcisse agréable, à l'Anémone est joint ;
Bref, tout se rajeunit ; tout change en la Nature ;
Mais superbe Philis, mon sort ne change point.

Georges de Scudéry  (  1601 – 1667 )

 
Né au Havre, en 1601, mort à Paris en 1667, Georges de Scudéry fut officier et gouverneur du fort de Notre-Dame de la Garde, forteresse située près de Marseille. Il fut aussi un des familiers de l’hôtel de Rambouillet et collabora à « La  Guirlande de Julie » recueil de 62 madrigaux écrits par les plus grands noms de la poésie française de l’époque qui fréquentaient le salon de Catherine de Vivonne marquise de Rambouillet. Il fut élu à l'Académie française en 1650.