Non
loin de chez moi, le cap Fréhel dont le site est un des plus grandioses de la
côte bretonne. Ses falaises, rouges, grises, noires, dominant la mer de 70 m, sont
bordées de récifs sur lesquels la houle déferle avec violence. De nombreux estivants s'y pressent chaque année arrivant par la route, mais aborder le cap par la mer reste un spectacle grandiose. Prima

Sur
son plateau si droit qu'on dirait une table
La
lande de Fréhel étend son tapis roux
Jusqu'à
la pointe abrupte, énorme, épouvantable,
Que
lèchent, sans répit, les vagues en courroux.
La
mer tumultueuse assiège la falaise,
Qui
dresse comme un mur ses assises de grès ;
Même
par le temps calme, elle est toujours mauvaise ;
On
n'y navigue point sans perdre ses agrès ;
Elle
arrive, en faisant un fracas de tonnerre,
Au
portail surbaissé du couloir périlleux,
Qui
s'avance, dit-on, bien au loin sous la terre,
Jusqu'aux
enchantements d'un monde merveilleux.
C'est
là qu'aux anciens jours vivaient les bonnes dames
Avec
leurs pages nains et les puissants féteaux ;
On
les voyait marcher sur la crête des lames,
Et des dangers du Cap ils sauvaient les bateaux.
Leur
grâce s'étendait aussi sur la campagne ;
Les
herbes, trois fois l'an, verdissaient dans les prés,
Et
l'on aurait couru par toute la Bretagne
Sans
trouver des épis plus longs et plus dorés.
[ ... ]
Paul
Sébillot ( 1843 - 1918 )
Extrait du recueil de poèmes : La mer fleurie

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