jeudi 19 juin 2014

La lande de Fréhel poème de Paul Sébillot




Non loin de chez moi, le cap Fréhel dont le site est un des plus grandioses de la côte bretonne. Ses falaises, rouges, grises, noires, dominant la mer de 70 m, sont bordées de récifs sur lesquels la houle déferle avec violence. De nombreux estivants s'y pressent chaque année arrivant par la route, mais aborder le cap par la mer reste un spectacle grandiose. Prima


Sur son plateau si droit qu'on dirait une table
La lande de Fréhel étend son tapis roux
Jusqu'à la pointe abrupte, énorme, épouvantable,
Que lèchent, sans répit, les vagues en courroux.

La mer tumultueuse assiège la falaise,
Qui dresse comme un mur ses assises de grès ;
Même par le temps calme, elle est toujours mauvaise ;
On n'y navigue point sans perdre ses agrès ;

Elle arrive, en faisant un fracas de tonnerre,
Au portail surbaissé du couloir périlleux,
Qui s'avance, dit-on, bien au loin sous la terre,
Jusqu'aux enchantements d'un monde merveilleux.

C'est là qu'aux anciens jours vivaient les bonnes dames
Avec leurs pages nains et les puissants féteaux ;
On les voyait marcher sur la crête des lames,
Et des dangers du Cap ils sauvaient les bateaux.

Leur grâce s'étendait aussi sur la campagne ;
Les herbes, trois fois l'an, verdissaient dans les prés,
Et l'on aurait couru par toute la Bretagne
Sans trouver des épis plus longs et plus dorés.
                                                                       [ ... ]
Paul Sébillot ( 1843 - 1918 )
Extrait du recueil de poèmes : La mer fleurie
 

La plus belle des houles du cap ( grottes ), la houle de Poulifée… j’ai eu la chance de me trouver à la bonne place sur le bateau, une merveille sous la falaise … le domaine des fées selon la légende  _ ( ce n’est pas moi sur la photo )      Prima





dimanche 8 juin 2014

Les Crop circles ou Cercles dans les blés .....

J'avais par le passé fait un article sur ces Cercles dans les blés. Quelques images sur un blog ami, m'ont fait revenir sur ce mystère que sont ces magnifiques figures géométriques,très élaborées, que certains découvrent parfois l'été dans des champs de blé ou de maïs.

Les Anglo-Saxons les appellent Crop circles, les Allemands Korn-kreise, les Italiens Cerchi nel grano, pour nous ce s ont des Cercles dans les blés.

Celui-ci date de 2002… une superbe géométrie. ( internet )

Comment expliquer devant une telle perfection l’œuvre d’un homme, comment aurait-il pu sortir du cercle sans laisser des traces de son passage alentour ?

Stonehenge, Angleterre, 1996

Selon les déclarations de témoins, le 7 juillet 1996, à 17 h 30, le champ était intact ; moins d’une heure plus tard, on pouvait admirer cette création dans les blés … Cette figure est composée de cent cinquante cercles sur une largeur de plus de 115 m.

Avebury Trusloe, Angleterre, 2000

À l’intérieur de l’agroglyphe d’Avebury Trusloe, Angleterre, 2000

«  Un agroglyphe ne se résume pas à un secteur de végétation aplatie : il s’accompagne d’un nombre considérable d’observations inhabituelles, qui ne permettent pas de classer le phénomène une fois pour toutes comme une " création humaine " »



Les premiers cercles dans les blés seraient apparus en 1980, ce livre date de 2002…. Qu’en est-il aujourd’hui ? Ces cercles ont continué à se dessiner dans les blés, si ces dessins sont magnifiques ils ne seraient pas l’œuvre de mystificateurs, ni même de l’au-delà, même si c’est bien agréable de rêver à des visites d’extraterrestres ou à des messages cryptés …


Qu’en est-il de ces boules lumineuses que certains témoins virent dans le ciel avant l’apparition de ces dessins dans les cultures ?


Intriguée et curieuse, cartésienne bien que rêveuse, il me fallait une réponse logique. J’avais parlé à un ami de ces cercles, lequel m’avait conseillé  de consulter sur internet «  le projet HARRP  »…. des essais d’armes à micro-ondes !
Ces lectures ont brisé mon rêve de «  petits hommes verts » et m’ont démontré une fois de plus jusqu’où peut aller la folie des hommes.

jeudi 5 juin 2014

Retour vers la Normandie de mon enfance _ demain le 6 juin 1944

Ces messages sont tombés dans la campagne le 5 juin 44 et non sur la ville, et je crois qu'il en fut ainsi pour ces villes martyres écrasées sous les bombes alliées le 6 juin 44.

Condé sur Noireau après la reconstruction qui dura jusqu'en 1963
Condé sur Noireau, petite ville du Bocage normand, aux confins de la Suisse normande, non loin de Caen, faisait partie des villes cibles prioritaires des alliés.

Nous avions vu passer beaucoup d’avions dans l’après-midi, aussi en cette soirée du 6 juin 44 où je jouais dans la rue avec quelques petits amis du quartier,  comme tous, alors qu’il n’était pas encore 20 h, le nez en l’air, un seul avion et quatre fusées blanches : «  C’est pour nous, couchez-vous  », aujourd’hui j’entends encore cette phrase prononcée par Mr. Dissler, notre boulanger. Je ne me souviens pas combien de temps nous sommes restés au sol quand de nombreux avions sont arrivés au-dessus de nous, puis ce fut les explosions et les premiers morts dans le centre ville. Mon meilleur ami Claude, non loin de moi, allongé devant la boutique du coiffeur reçu toute la vitrine sur le dos. 
Maman nous récupérant toutes les trois, je vis passer des Condéens et Condéennes fuyant la ville… nous fîmes de même, nous nous réfugiâmes dans les jardins ouvriers d’où j’assistai au deuxième bombardement qui selon les écrits dura deux heures, le ciel était rouge au-dessus de la ville, deux des femmes qui se trouvaient avec nous pleuraient et hurlaient, j’entends encore maman leur demander d’arrêter, qu’elles allaient faire peur aux enfants.

Aux morts de la première vague de bombardement s’ajoutèrent ceux qui étaient revenus en ville. Croyant que tout était fini ils furent piégés par ce deuxième bombardement, 3500 tonnes de bombes dont des bombes incendiaires et à retardement.  Condé sur Noireau fut détruite à 95 % et eu près de 250 victimes 




« Guerre ! Je te maudis en voyant cette ville
Où naquit autrefois le grand Dumont d’Urville.
Cité portant le poids des ans évanouis
Avant l’avènement du bon roi saint Louis.
Ô ! paisible Condé ! penché sur le textile
Ta disparition demeurait donc utile ?
Notre esprit confondu contemple cette horreur,
Le noir à tout jamais sera notre couleur.
Nous demeurons figés, enjambant les cloaques,
Les poutres et moellons de ce quartier Saint-Jacques :
Partout écroulements et passages bouchés.
Sous ces matériaux, que de morts couchés !  »
                                                ( … )
 Extrait d’un poème d’Henri Porchaire
inspiré par les ruines de Condé-sur-Noireau


après le bombardement du 6 juin


En cette journée de commémoration du débarquement en Normandie, j’ai une pensée pour tous ces jeunes hommes venus de si loin  par la mer et les airs qui ont donné leur vie pour notre Liberté. 
Ils sont tombés sur nos plages, dans notre bocage, nous nous devons de ne pas les oublier, mais nous nous devons aussi d’y associer toutes les victimes civiles.

La Bataille de Normandie dura plus de deux mois.  Bien que très jeune, je n’ai jamais effacé de ma mémoire cet été 44. 
Je ne vous surprendrai pas en disant que je suis contre la guerre, toutes les guerres quels que soient les lieux où elles se déroulent. Prima




lundi 19 mai 2014

Avant nous à travers les mêmes arbres.... poème de Fernando Pessoa

Fernando Pessoa est né à Lisbonne en 1888 et mort en cette même ville en 1935 …Parler de Pessoa n'est pas chose facile, il écrivit sous plusieurs identités  (  plus de 70 hétéronymes ) .... sentimental et cynique, rationaliste et mystique, classique et baroque, Pessoa a fait de ses contradictions la matière même de son oeuvre .
Pessoa est considéré comme le plus grand écrivain portugais depuis Camões né vers 1525. Prima





Avant nous à travers les mêmes arbres
Le vent soufflait, quand il faisait du vent,
Et les feuilles ne bougeaient pas
D’une autre façon qu’aujourd’hui.

Nous passons, nous nous agitons, en pure perte.
Nous ne faisons pas plus de bruit dans tout ce qui existe
Que les feuilles des arbres
Et le souffle des vents.

Lors par délaissement assidu essayons
De confier tous nos efforts à la Nature
Et de ne pas vouloir vivre plus fort
Que ne vivent les arbres verts.

Inutiles, les grands airs que nous nous donnons.
À part nous-mêmes, rien de par le vaste monde
Ne salue notre grandeur, rien
N’est enclin à sur nous se régler.

Si sur ce rivage, ici, mes empreintes,
Sur le sable, la mer en trois vagues, trois, les efface,
Qu’en sera-t-il sur la haute plage
Où la mer est le Temps ?

Fernando Pessoa ( 1888 - 1935 )
( Odes retrouvées _ 1914 – 1934 )




samedi 10 mai 2014

Chevauchant avant hier sur un chemin..... de Dante

Dante rencontre Béatrice sur le Ponte Santa Trinita à Florence  _ peinture de Henry Holiday ( 1839 - 1927 )


" Neuf fois depuis ma naissance, le ciel de la lumière était retourné au même point de son évolution, quand apparut à mes yeux pour la première fois la glorieuse dame de mes pensées, que beaucoup nommèrent Béatrice, ne sachant comment la nommer ...  "   Dante


         Chevauchant avant hier sur un chemin
Contre mon gré et tout pensif,
Je rencontrai l'Amour au milieu de la route,
Portant le simple vêtement d'un pélerin.
       
          Il avait un aspect humble
Comme s'il avait perdu toute sa dignité.
Il marchait pensif et soupirant,
La tête inclinée, comme pour ne pas voir les gens.
      
          Quand il me vit, il m'appela par mon nom
Et dit : je viens de loin,
Là où ton coeur se tenait par ma volonté,
         
          Et je l'apporte pour qu'il serve à une nouvelle beauté.
Alors je me sentis tellement envahi par lui
Qu'il disparut tout d'un coup, sans que je me fusse aperçu comment.

                                     Dante ( 1261 - 1321 )


Dante pleurant Béatrice _ Peinture de Marcel Rieder ( 1862 - 1942 )


Béatrice a t-elle vraiment existée ? .... Est-elle comme l'affirme certains une création du coeur, la femme idéalisée par le poète ou est-elle cette jeune Florentine que Dante aurait rencontrée alors qu'elle n'avait que huit ans, lui neuf ans  et dont il tomba passionnément amoureux, un amour qui devint un culte... Toutefois Béatrice se maria, l'affection que lui porta le poète n'en fut pas pour autant diminuée et lorsqu'elle mourut à 25 ans, il la pleura et vécut dans son souvenir.... Meravigliosa storia d'amore ! Prima




lundi 28 avril 2014

Matin sur le port.... poème d' Albert Samain


            
Le soleil, par degrés, de la brume émergeant,
Dore la vieille tour et le haut des mâtures ;
Et, jetant son filet sur les vagues obscures,
Fait scintiller la mer dans ses mailles d’argent.
Voici surgir, touchés par un rayon lointain,
Des portiques de marbre et des architectures ;
Et le vent épicé fait rêver d’aventures
Dans la clarté limpide et fine du matin.
L’étendard déployé sur l’arsenal palpite ;
Et de petits enfants, qu’un jeu frivole excite,
Font sonner en courant les anneaux du vieux mur.
Pendant qu’un beau vaisseau, peint de pourpre et d’azur
Bondissant et léger sur l’écume sonore,
S’en va, tout frissonnant de voiles, dans l’aurore.

                                  Albert Samain,  ( 1858 - 1900 )

                                        Recueil : Le chariot d’or



Né à Lille en 1858, Albert Samain, poète symboliste, est décédé en 1900 à Magny-lès- Hameaux  ( Seine-et-Oise ).  Il écrivit dans les journaux littéraires, fréquenta le «  Chat noir « et prit part avec un groupe d’amis à la fondation du Mercure de France, revue littéraire dont la première livraison date du 1 er janvier 1890. Il en sera un des collaborateurs attitrés.




samedi 12 avril 2014

Brune.... _... poème de François Coppée


Sur le terrain de foire, au grand soleil brûlé,
Le cirque des chevaux de bois s'est ébranlé
Et l'orgue attaque l'air connu : " Tant mieux pour elle ! "
Mais la brune grisette a fermé son ombrelle,
Et, bien en selle, avec un petit air vainqueur,
Elle va se payer deux sous de mal de coeur.
Elle rit, car déjà le mouvement rapide
Colle ses frisons noirs sur son front intrépide,
Et le vent fait flotter sa jupe et laisse voir
Un gai petit mollet, en bas rouge à coin noir.

                           François Coppée  ( 1842 – 1908 )




Né et mort à Paris ( 1842 _ 1908 ), François Coppée est né dans une famille modeste de vieux Parisiens, il entra très jeune au ministère de la Guerre, tout en commençant à publier ses premières poésies ici et là. En 1869, il fut attaché à la bibliothèque du Sénat jusqu’en 1883, puis élu à l’Académie française en 1884.
Il mourut à la suite d’une longue maladie. Il fut souvent sévèrement jugé mais ses poésies de genre conservent encore un certain charme.