" Quand vous devenez pessimiste,
regardez une rose."
Albert Samain
( 1858-1900)

Au
temps où les plaines sont vertes,
Où
le ciel dore les chemins,
Où
la grâce des fleurs ouvertes
Tente
les lèvres et les mains,
Au
mois de mai, sur sa fenêtre,
Un
jeune homme avait un rosier ;
Il
y laissait les roses naître
Sans
les voir ni s'en soucier ;
Et
les femmes qui d'aventure
Passaient
près du bel arbrisseau,
En
se jouant, pour leur ceinture
Pillaient
les fleurs du jouvenceau.
Sous
leurs doigts, d'un précoce automne
Mourait
l'arbuste dévasté ;
Il
perdit toute sa couronne,
Et
la fenêtre sa gaîté ;
Si
bien qu'un jour, de porte en porte,
Le
jeune homme frappa, criant :
"Qu'une
de vous me la rapporte,
La
fleur qu'elle a prise en riant !"
Mais
les portes demeuraient closes.
Une
à la fin pourtant s'ouvrit :
"Ah
! Viens, dit en montrant des roses
Une
vierge qui lui sourit ;
"Je
n'ai rien pris pour ma parure ;
Mais
sauvant le dernier rameau,
Vois
! J'en ai fait cette bouture,
Pour
te le rendre un jour plus beau."
René-François
SULLY PRUDHOMME
(1839-1907)


Sully
Prudhomme poète et philosophe, Prix
Nobel de littérature en 1901, homme pudique, aux délicatesses légendaires nous
a livré dans son Journal intime de très belles Pensées, que je prends plaisir à
relire de temps à autre.