Dans le jardin, profitant de la fraîcheur matinale, je vis
une petite boule de plumes chuter de la haie sur la pelouse….un tout petit
rouge-gorge, immobile, comme étourdi, nous avons eu tout le temps de nous
observer. Je n’osai toutefois aller chercher mon appareil photo craignant de l’effrayer. Il sautilla sur la pelouse, puis s’envola à nouveau vers
la haie. De même que moi, ce petit rouge-gorge recherchait-il la fraîcheur du matin après la pluie bienfaisante de la nuit ? Prima
Que
la soirée est fraîche et douce !
Oh
! viens ! il a plu ce matin ;
Les
humides tapis de mousse
Verdissent
tes pieds de satin.
L'oiseau
vole sous les feuillées,
Secouant
ses ailes mouillées ;
Pauvre
oiseau que le ciel bénit !
Il
écoute le vent bruire,
Chante,
et voit des gouttes d'eau luire,
Comme
des perles, dans son nid.
La
pluie a versé ses ondées ;
Le
ciel reprend son bleu changeant ;
Les
terres luisent fécondées
Comme
sous un réseau d'argent.
Le
petit ruisseau de la plaine,
Pour
une heure enflé, roule et traîne
Brins
d'herbe, lézards endormis
Court,
et, précipitant son onde
Du
haut d'un caillou qu'il inonde,
Fait
des Niagaras aux fourmis.
Tourbillonnant
dans ce déluge,
Des
insectes, sans avirons,
Voguent
pressés, frêle refuge !
Sur
des ailes de moucherons ;
D'autres
pendent, comme à des îles,
A
des feuilles, errants asiles ;
Heureux,
dans leur adversité,
Si,
perçant les flots de sa cime,
Une
paille au bord de l'abîme
Retient
leur flottante cité !
Les
courants ont lavé le sable ;
Au
soleil montent les vapeurs,
Et
l'horizon insaisissable
Tremble
et fuit sous leurs plis trompeurs.
On
voit seulement sous leurs voiles,
Comme
d'incertaines étoiles,
Des
points lumineux scintiller,
Et
les monts, de la brume enfuie,
Sortir,
et ruisselants de pluie,
Les
toits d'ardoise étinceler.
Viens
errer dans la plaine humide.
A
cette heure nous serons seuls.
Mets
sur mon bras ton bras timide ;
Viens,
nous prendrons par les tilleuls.
Le
soleil rougissant décline ;
Avant
de quitter la colline,
Tourne
un moment tes yeux pour voir,
Avec
ses palais, ses chaumières,
Rayonnants
des mêmes lumières,
La
ville d'or sur le ciel noir;
Oh
! vois voltiger les fumées
Sur
les toits de brouillards baignés !
Là,
sont des épouses aimées,
Là,
des cœurs doux et résignés.
La
vie, hélas ! dont on s'ennuie,
C'est
le soleil après la pluie…
Le
voilà qui baisse toujours !
De
la ville, que ses feux noient,
Toutes
les fenêtres flamboient
Comme
des yeux au front des tours.
L'arc-en-ciel
! l'arc-en-ciel ! Regarde.
Comme
il s'arrondit pur dans l'air !
Quel
trésor le Dieu bon nous garde
Après
le tonnerre et l'éclair !
Que
de fois, sphères éternelles,
Mon
âme a demandé ses ailes,
Implorant
quelque Ithuriel,
Hélas
! pour savoir à quel monde
Mène
cette courbe profonde,
Arche
immense d'un pont du ciel !
7
juin 1828
Victor
Hugo — Odes et Ballades