lundi 27 janvier 2014

Clair de lune _ poème de Verlaine




 Votre âme est un paysage choisi
Que vont charmant masques et bergamasques
Jouant du luth et dansant et quasi
Tristes sous leurs déguisements fantasques.

Tout en chantant sur le mode mineur
L'amour vainqueur et la vie opportune,
Ils n'ont pas l'air de croire à leur bonheur
Et leur chanson se mêle au clair de lune,

Au calme clair de lune triste et beau,
Qui fait rêver les oiseaux dans les arbres
Et sangloter d'extase les jets d'eau,
Les grands jets d'eau sveltes parmi les marbres.

                  Paul VERLAINE   (1844-1896)





dimanche 12 janvier 2014

La marine à voile... poème de Raymond Queneau

Le Bélem,
Classé au titre des monuments historiques depuis 1984 ...c'est dans le port de Lorient, lors du Festival interceltique de 1998 que je vis ce magnifique trois-mâts barque. 
Le Bélem ...  un superbe voilier construit à Nantes en 1896 en moins de six mois,  Il devait être né sous une bonne étoile pour avoir survécu  à un incendie au Brésil, puis échappé à l'éruption de la Montagne Pelée à la Martinique en 1902... un magnifique joyau qui nous est revenu en 1980 sous pavillon français après avoir navigué sous pavillon anglais, puis italien durant 66 ans... 
Prima 

Le Alexander Von Humboldt


Après avoir descendu tout le long le long du mât de misaine
et salué le petit cacatois, le petit perroquet, le petit volant et le petit hunier
le marin de terre sèche salue le bon vieux dictionnaire
qui lui donne l'image du voilier trois-mâts avec ses principaux agrès
il s'embarque avec son sac et se présente au capitaine
le voilà médecin de bord ( pourquois pas ) pendant cette traversée
on fera le tour du monde en longeant les terres lointaines
on verra souffler les blanches baleines
et l'on reviendra en se promenant à travers l'Océanie
on restera si l'on ne sombre au moins trois ans partis
au retour on trouvera les enfants grandis
regardant avec joie dans leur dictionnaire
la figure majestueuse du voilier trois-mâts avec ses principaux agrès

                                   Raymond Queneau (  1903 - 1976 )
                                                 [  Fendre les flots ]







mardi 31 décembre 2013

Bonne année 2014 .... avec Rosemonde GERARD



Janvier prend la neige pour châle ;
Février fait glisser nos pas ;
Mars de ses doigts de soleil pâle,
Jette des grêlons aux lilas.

Avril s’accroche aux branches vertes ;

Mai travaille aux chapeaux fleuris ;
Juin fait pencher la rose ouverte
prés du beau foin qui craque et rit.

Juillet met les œufs dans leurs coques

Août sur les épis mûrs s’endort ;
Septembre aux grands soirs équivoques,
Glisse partout ses feuilles d’or.

Octobre a toutes les colères,

Novembre a toutes les chansons
Des ruisseaux débordant d’eau claire,
Et Décembre a tous les frissons.

Rosemonde GÉRARD 

Recueil : "Les Pipeaux"

.


samedi 21 décembre 2013

Une des légendes du petit rouge-gorge ...

Depuis quelques temps un petit rouge-gorge vient régulièrement me rendre visite, il m'observe devant la porte-fenêtre, pas facile à photographier jusqu'à ce 9 décembre où il se fit piéger par l'objectif de mon automatique.... Prima

" Une  légende raconte que le rouge-gorge chercha un arbre pour s’abriter du froid pour l’hiver.
Tous les arbres lui refusèrent l’hospitalité sauf le houx. Le rouge-gorge se blessa avec ses feuilles piquantes, colorant ainsi son plumage en rouge.
Depuis lors, comme par punition tous les arbres perdent leurs feuilles en hiver sauf le houx qui avait accepté de donner un abri au rouge-gorge.
En souvenir de cette histoire, le houx portent toujours des baies rouges."







samedi 7 décembre 2013

Bel astre voyageur _ poème de Louise Ackermann


Elle s'appelait Ison. ...
Découverte en septembre 2012 elle devait être la comète du siècle, mais le 28 novembre 2013 elle s'est brûlé les ailes en approchant de trop près le soleil et nous a privé d'un spectacle que nous devions voir à l'oeil nu aux alentours de Noël ... dommage, elle nous a privé d'un beau spectacle ! Prima


La comète Donati du nom de son découvreur est passée au plus près de la terre le 10 octobre 1858

Découverte le 13 mai 1861, cette Grande comète fut visible à l'oeil nu durant 3 mois.

À La Comète de 1861

Bel astre voyageur, hôte qui nous arrives
Des profondeurs du ciel et qu’on n’attendait pas,
Où vas-tu ? Quel dessein pousse vers nous tes pas ?
Toi qui vogues au large en cette mer sans rives,
Sur ta route, aussi loin que ton regard atteint,
N’as-tu vu comme ici que douleurs et misères ?
Dans ces mondes épars, dis ! avons-nous des frères ?
T’ont-ils chargé pour nous de leur salut lointain ?
Ah ! quand tu reviendras, peut-être de la terre
L’homme aura disparu. Du fond de ce séjour
Si son œil ne doit pas contempler ton retour,
Si ce globe épuisé s’est éteint solitaire,
Dans l’espace infini poursuivant ton chemin,
Du moins jette au passage, astre errant et rapide,
Un regard de pitié sur le théâtre vide
De tant de maux soufferts et du labeur humain.

Louise Ackermann, Poésies Philosophiques


mercredi 27 novembre 2013

Les marins poème de Xavier Grall

Né à Landivisiau le 22 juin 1930, Xavier Grall est un journaliste, poète et écrivain breton.
Son œuvre mystique magnifie la Bretagne. Xavier Grall « redevient breton » lorsqu'il quitte Paris en 1973, pour retourner définitivement dans la région de Pont-Aven, à Nizon, dans la ferme de Bossulan. 
Epuisé par un longue maladie pulmonaire, Xavier Grall meurt le 11 décembre 1981 à Quimperlé.





Les vieux de chez moi ont des îles dans les yeux
Leurs mains crevassées par les chasses marines
Et les veines éclatées de leurs pupilles bleues
Portent les songes des frêles brigantines

Les vieux de chez moi sont fils de naufrageurs
Leurs cranes pensifs roulent des trésors inouïs
Des voiliers brisés dans les goémons rageurs
Et luisent leurs regards comme des louis

Les vieux de chez moi n’attendent plus rien de la vie
Ils ont jeté les ans, le harpon et la nasse
Mangé la cotriade et siroté l’eau de vie
La mort peut les prendre, noire comme pinasse

Les vieux ne bougeront pas sur le banc fatigué
Observant le port, le jardin, l’hortensia
Ils diront simplement aux Janies, aux Marias
"Adieu, les Belles, c’est le branle-bas"

Et les femmes des marins fermeront leurs volets.


                                             Xavier Grall  ( 1930 - 1981 )



samedi 16 novembre 2013

J'ai cueilli cette fleur pour toi sur la colline ... poème de Victor Hugo


Où se trouvait donc notre illustre poète, lorsqu'il écrivit le poème qui suit ?... à Boulay-bay ou sur l'île de Serk ? Je lis dans mon recueil de poème :

Il a été conservé une copie de ce poème dédié à Juliette  Drouet, pour laquelle il a été écrit, et datée de " Boulay-bay, 28 août 1852 "

Boulay-bay est situé sur la côte nord de Jersey, Victor Hugo y a fait plusieurs excursions en ce mois d'août 1852; et il est allé aussi dans l'île de Serk en juillet 1853 et en 1854... ( relevé dans les notes sur  " Les Contemplations " édité chez Gallimard. Prima


Petit bouquet de fleurs sur les rochers à la pointe du Décollé à Dinard ( Ille et Vilaine )


J'ai cueilli cette fleur pour toi sur la colline.
Dans l'âpre escarpement qui sur le flot s'incline,
Que l'aigle connaît seul et seul peut approcher,
Paisible, elle croissait aux fentes du rocher.
L'ombre baignait les flancs du morne promontoire ;
Je voyais, comme on dresse au lieu d'une victoire
Un grand arc de triomphe éclatant et vermeil,
À l'endroit où s'était englouti le soleil,
La sombre nuit bâtir un porche de nuées.
Des voiles s'enfuyaient, au loin diminuées ;
Quelques toits, s'éclairant au fond d'un entonnoir,
Semblaient craindre de luire et de se laisser voir.
J'ai cueilli cette fleur pour toi, ma bien-aimée.
Elle est pâle, et n'a pas de corolle embaumée,
Sa racine n'a pris sur la crête des monts
Que l'amère senteur des glauques goémons ;
Moi, j'ai dit: Pauvre fleur, du haut de cette cime,
Tu devais t'en aller dans cet immense abîme
Où l'algue et le nuage et les voiles s'en vont.
Va mourir sur un coeur, abîme plus profond.
Fane-toi sur ce sein en qui palpite un monde.
Le ciel, qui te créa pour t'effeuiller dans l'onde,
Te fit pour l'océan, je te donne à l'amour. -
Le vent mêlait les flots; il ne restait du jour
Qu'une vague lueur, lentement effacée.
Oh! comme j'étais triste au fond de ma pensée
Tandis que je songeais, et que le gouffre noir
M'entrait dans l'âme avec tous les frissons du soir !


                                           Victor Hugo ( 1802 - 1885 )

                                   Île de Serk, août 1855