samedi 15 mars 2014

La chaude chanson de Anna de Noailles



La guitare amoureuse et l'ardente chanson
Pleurent de volupté, de langueur et de force
Sous l'arbre où le soleil dore l'herbe et l'écorce,
Et devant le mur bas et chaud de la maison.

Semblables à des fleurs qui tremblent sur leur tige,
Les désirs ondoyants se balancent au vent,
Et l'âme qui s'en vient soupirant et rêvant
Se sent mourir d'espoir, d'attente et de vertige.

- Ah ! quelle pâmoison de l'azur tendre et clair !
Respirez bien, mon coeur, dans la chaude rafale,
La musique qui fait le cri vif des cigales,
Et la chanson qui va comme un pollen sur l'air...

                                 Anna de Noailles ( 1876 - 1933 )

" Elle était plus intelligente, plus malicieuse que personne. Ce poète avait la sagacité psychologique d'un Marcel Proust, l'âpreté d'un Mirbeau, la cruelle netteté d'un Jules Renard."
            Jean Rostand, préface à Choix de poésies d'Anna de Noailles, 


D' ascendance roumaine, Anna de Noailles,  écrivit des vers dès son enfance. Son premier recueil en 1901, apparut comme une bouffée de sincérité brûlante jusqu'à l'impudeur, la révélation d'un lyrisme féminin. Elle donna un accent moderne aux grands thèmes romantiques.
                         Anthologie de la poésie française du XXe siècle.





samedi 8 mars 2014

Épître aux femmes ( extrait ) _ poème de Constance de Théis

de Daniel F. Gerhartz



                                              ( Extrait )
Ô femmes, c’est pour vous que j’accorde ma lyre ;
Ô femmes, c’est pour vous qu’en mon brûlant délire,
D’un usage orgueilleux, bravant les vains efforts,
Je laisse enfin ma voix exprimer mes transports.
Assez et trop longtemps la honteuse ignorance
A jusqu’en vos vieux jours prolongé votre enfance ;
Assez et trop longtemps les hommes, égarés,
Ont craint de voir en vous des censeurs éclairés ;
Les temps sont arrivés, la raison vous appelle :
Femmes, réveillez-vous, et soyez dignes d’elle.

Si la nature a fait deux sexes différents,
Elle a changé la forme, et non les éléments.
Même loi, même erreur, même ivresse les guide ;
L’un et l’autre propose, exécute, ou décide ;
Les charges, les pouvoirs entre eux deux divisés,
Par un ordre immuable y restent balancés.
Tous deux pensent régner, et tous deux obéissent ;
Ensemble ils sont heureux, séparés ils languissent ;
Tour à tour l’un de l’autre enfin guide et soutien,
Même en se donnant tout ils ne se doivent rien.


 L’homme injuste pourtant, dédaignant ces partages,
(Hélas ! il en est plus d’injustes que de sages),
L’homme injuste, jaloux de tout assujettir,
Sous la loi du plus fort prétend nous asservir ;
Il feint, dans sa compagne et sa consolatrice,
De ne voir qu’un objet créé pour son caprice ;
Il trouve dans nos bras le bonheur qui le fuit :
Son orgueil s’en étonne, et son front en rougit.
Esclave révolté des lois de la nature,
Il ne peut, il est vrai, consommer son injure ;
Mais que, par les mépris dont il veut nous couvrir,
Il nous vend cher les droits qu’il ne peut nous ravir !
Nos talents, nos vertus, nos grâces séduisantes,
Deviennent à ses yeux des armes dégradantes
Dont nous devons chercher à nous faire un appui
Pour mériter l’honneur d’arriver jusqu’à lui ;
Il étouffe en nos cœurs le germe de la gloire ;
Il nous fait une loi de craindre la victoire ;
Pour exercer en paix un empire absolu,
Il fait de la douceur notre seule vertu… 
                                                ( … )
              Constance de Theis, princesse de Salm-Dyck
                     ( Nantes 1767 – Paris 1845 )


de Daniel F. Gerhartz







samedi 1 mars 2014

Promenade à Nantes... L'île aux Machines avec le Grand Eléphant

Pas de poème aujourd’hui, mais une promenade sur l’île aux Machines à Nantes … 

Les Machines de l’île.

Ce projet artistique est né de l’imagination de François Delarozière et Pierre Orefice.  Bestiaire imaginaire qui se situe à la croisée des «  mondes inventés » de Jules Verne, de l’univers mécanique de Léonard de Vinci et de l’histoire industrielle de Nantes, sur le site exceptionnel des anciens chantiers navals.
Le Grand Eléphant


12 m de haut, 8 m de large, 21 m de long, 48,4 tonnes d’acier et de bois  ( tulipier de Virginie ), la carcasse métallique est irriguée par 2000 litres d’huile hydraulique. Son moteur est de 450 chevaux et sa vitesse de 1 à 3 km/h..



L’énorme machine située à l’arrière de ce Grand Eléphant permettant l’animation et la mise en mouvement … Bravissimi les concepteurs!



Prêts pour la promenade… elle n’est pas bien longue, 30 minutes ( embarquement et débarquement inclus ) … mais un agréable moment.


Vue de Nantes depuis le dos du Grand Eléphant



lundi 17 février 2014

La guirlande de Julie ( suite et fin ) .... un madrigal de Germain Habert de Cerisy et de Tallemant des Réaux


( Suite )
Ils furent 24 poètes de l'époque à collaborer à la réalisation de " La Guirlande de Julie "... 24 poètes pour 62 madrigaux , un ouvrage orné de fleurs et de guirlandes peintes par Nicolas Robert , Certains de ces madrigaux sont très courts, mais tous subliment la beauté et la spiritualité de cette jeune femme qui fut si courtisée.  Prima



Alors que je me vois si belle et si brillante
Dans ce teint dont l'éclat fait naître tant de voeux,
L'excès de ma beauté moi-même me tourmente ;
Je languis pour moi-même, et brûle de mes feux,
Et je crains qu'aujourd'hui la Rose ne finisse
Par ce qui fit jadis commencer le Narcisse.

                    Germain Habert De Cerisy. ( 1615 - 1654 )

Ce poète, Germain Habert de Cerisy, était aussi homme d'église. Du même auteur …



Epris de l'amour de moy-même,

Du Berger que j'estois je devins une Fleur ;
Faites profit de mon malheur,
Vous que le Ciel orna d'une beauté suprême ;
Et pour en éviter les coups,
Puisqu'il faut que tout ayme, aymez d'autres que vous.

Germain Habert De Cerisy. ( 1615 - 1654 )



Devant vous je perds la victoire
Que ma blancheur me fit donner
Et ne prétends plus d’autre gloire
Que celle de vous couronner.
Le Ciel, par un honneur insigne ,
Fit choix de moi seul autrefois
Comme de la fleur la plus digne
Pour faire un présent à nos Rois.
Mais si j’obtenais ma requête,
Mon sort serait plus glorieux
D’être monté sur votre tête
Que d’être descendu des Cieux.

Gédéon Tallemant Des Réaux ( 1619 - 1692 )



samedi 8 février 2014

Julie d'Angennes, Mademoiselle de Rambouillet ___ La Guirlande de Julie .... ( extrait )

Julie d'Angennes, Mademoiselle de Rambouillet  _ Le château de Rambouillet ( Yvelines )


Qui connaît Julie Luciana d’Angennes née à Paris en 1607, décédée en 1671, fille du marquis de Rambouillet et de Catherine de Vivonne ?

L'Hôtel de Rambouillet de François Hippolythe DEBON

La marquise Catherine de Rambouillet tenait à Paris, à L’Hôtel de Rambouillet,  rue Saint Thomas du Louvre, un salon brillant et célèbre, auquel participait sa fille, la belle et spirituelle Julie !

Après avoir repoussé plusieurs prétendants, la belle Julie, finit par accepter le mariage avec le duc de Montausier qui sera célébré en 1645. Elle a donc 57 ans et le duc de Montausier la courtisait depuis 1631. Quelle persévérance …14 ans d’attente !

Charles de Sainte-Maure, duc de Montausier de Nicolas de Largillière

Quatre ans plus tôt, en 1641, le duc de Montausier composa en son honneur " La guirlande de Julie " recueil de 62 madrigaux écrits par les plus grands noms de la poésie française de l’époque qui fréquentaient le salon de l’Hôtel de Rambouillet, chaque madrigal portant le nom d'une fleur chantant les louanges de l'incomparable Julie.   Prima




Recevez ô Nymphe adorable,
Dont les coeurs reçoivent les lois,
Cette Couronne plus durable
Que celle que l'on met sur la tête des Rois.
L'eau dont Permesse les arrose
Leur donne une fraîcheur qui dure incessamment :
Et tous les jours ma belle Flore
Qui me chérit et que j'adore
Me reproche avecque courroux,
Que mes soupirs jamais pour elle
N'ont fait naître de Fleur si belle
Que j'en ai fait naître pour vous.

De Montausier  ( 1610 - 1690 )


( à suivre )



lundi 27 janvier 2014

Clair de lune _ poème de Verlaine




 Votre âme est un paysage choisi
Que vont charmant masques et bergamasques
Jouant du luth et dansant et quasi
Tristes sous leurs déguisements fantasques.

Tout en chantant sur le mode mineur
L'amour vainqueur et la vie opportune,
Ils n'ont pas l'air de croire à leur bonheur
Et leur chanson se mêle au clair de lune,

Au calme clair de lune triste et beau,
Qui fait rêver les oiseaux dans les arbres
Et sangloter d'extase les jets d'eau,
Les grands jets d'eau sveltes parmi les marbres.

                  Paul VERLAINE   (1844-1896)





dimanche 12 janvier 2014

La marine à voile... poème de Raymond Queneau

Le Bélem,
Classé au titre des monuments historiques depuis 1984 ...c'est dans le port de Lorient, lors du Festival interceltique de 1998 que je vis ce magnifique trois-mâts barque. 
Le Bélem ...  un superbe voilier construit à Nantes en 1896 en moins de six mois,  Il devait être né sous une bonne étoile pour avoir survécu  à un incendie au Brésil, puis échappé à l'éruption de la Montagne Pelée à la Martinique en 1902... un magnifique joyau qui nous est revenu en 1980 sous pavillon français après avoir navigué sous pavillon anglais, puis italien durant 66 ans... 
Prima 

Le Alexander Von Humboldt


Après avoir descendu tout le long le long du mât de misaine
et salué le petit cacatois, le petit perroquet, le petit volant et le petit hunier
le marin de terre sèche salue le bon vieux dictionnaire
qui lui donne l'image du voilier trois-mâts avec ses principaux agrès
il s'embarque avec son sac et se présente au capitaine
le voilà médecin de bord ( pourquois pas ) pendant cette traversée
on fera le tour du monde en longeant les terres lointaines
on verra souffler les blanches baleines
et l'on reviendra en se promenant à travers l'Océanie
on restera si l'on ne sombre au moins trois ans partis
au retour on trouvera les enfants grandis
regardant avec joie dans leur dictionnaire
la figure majestueuse du voilier trois-mâts avec ses principaux agrès

                                   Raymond Queneau (  1903 - 1976 )
                                                 [  Fendre les flots ]