Plus
Normande que Bretonne par ma naissance, depuis bien des générations, j’ai
souvent chanté la Bretagne et l'Italie en oubliant la Normandie… pourtant ce fut mon
enfance, mon adolescence dans des années difficiles.
Le
Mont Saint-Michel est lui aussi normand de par le caprice du Couesnon, cette rivière qui « dans sa folie mis le Mont en Normandie »…
Il
y a fort longtemps rentrant de l’école une de mes filles me dit « Tu es
Normande, donc tu descends des barbares », pas tout à fait, lui ai-je dit, ayant eu une
grand-mère bretonne !
Quant
aux Vikings, avant d’être les guerriers que nous connaissons au travers de
lectures ou de films, ils furent de vaillants navigateurs, des marchands et des
artisans…
Je
descends donc de ces peuples nordiques qui conquirent cette région si
verdoyante qu’est devenue la Normandie par le traité de Saint-Clair-sur-Epte,
conclu en 911…
Prima

À
Alphonse Lemerre.
Ce
soir, la pleine lune éclaire notre monde.
De
l’abîme des flots elle sort large et ronde.
Presque
au ras de la mer, elle est rouge d’abord ;
Mais
son orbe jaunit, et la grande marée
Dans
son rayonnement monte en houle dorée,
Et
roule ses lueurs jusqu’aux grèves du bord.
On
voit comme en plein jour sur la courbe des plages
Les
dernières maisons des bourgs et des villages,
Villages
de marins et de pêcheurs normands.
Les
enfants sont couchés dans le charme des rêves :
Ce
long bruit cadencé du flot qui bat ses grèves
Semble
un chant de berceuse aux chers petits dormants
Un
vent tout parfumé m’apporte des prairies,
Où
les reines des prés restent longtemps fleuries,
Quelque
chose à la fois de suave et d’amer ;
Tandis
qu’un grand troupeau, débouchant des vallées,
Mêle
une odeur d’étable aux effluves salées
Qui
montent, jour et nuit, des embruns de la mer.
J’aime
à vous retrouver, grèves de Normandie,
Où
travaille une race âpre au gain, mais hardie.
Fille
des conquérants qui vinrent les premiers,
Sous
les pommiers en fleurs que le roi Charlemagne
Avait
plantés pour eux en revenant d’Espagne,