samedi 31 décembre 2016

Ma sœur Eugénie ... poème de Maurice de Guérin ( extraits )

   
                                                 
Dans quelques heures l’année 2016 s’achèvera pour laisser la place à 2017 …

2017, une année qui ne s'annonce pas sous les meilleurs auspices, mais  gardons au fond de nos coeurs l'espoir de voir le sort des plus défavorisés s'améliorer et l'espoir de voir enfin rayonner sur notre planète la Colombe de la Paix.

À toutes et tous, en cette nouvelle année, je vous souhaite de pouvoir réaliser vos vœux et cueillir tous les petits bonheurs qui se présenteront à vous.

Prima





... / ...
Voici qu’une année,
Du mont éternel
Du ciel
Vers nous inclinée,
Sur nous va passer,
Glisser.
Vous qui, par les plaines
Écoutez les chants
Errants
Des choses lointaines,
Quel est aujourd'hui
Celui
De l’an qui s’avance ?
Est-ce un oiseau doux
Vers nous
Portant l’espérance
Et le rameau frais
De paix ?

Quel bruit font ses ailes
Je voudrais avoir
Ce soir
De sûres nouvelles
De ce nouvel an
Venant :
Aura t-il les charmes,
Ma sœur, de ces jours
Si courts
Où toutes nos larmes
Venaient du bonheur
Du cœur ?

Maurice de Guérin 

Mordreux, 31 décembre 1833.




Prima qui trouve qui fait bien froid  en cette fin d'année.




jeudi 15 décembre 2016

December Beauty... poème de Francis Dannemark



À l’approche de Noël pour les petits et aussi pour les plus grands qui ayant gardé leur âme d’enfant veulent encore croire aux légendes….. Prima

Une légende nous conte  la Rose de Noël qui fleurit pour la première fois près de l'étable de Béthléem...
Une petite fille rencontrant les Rois Mages les bras chargés de présents voulant se joindre à eux pleura de n'avoir rien à offrir au nouveau né. Ses larmes tombèrent dans la neige et un ange qui passait par là effleura la terre et fit éclore une Rose de Noël que la petite bergère put cueillir et offrir en cadeau au nouveau né....



Par sa seule beauté,
une rose dans le jardin de décembre
assure son équilibre
sous le ciel qui abrite ce matin
le crachin violent et les vents
mandatés pour ouvrir l'hiver.

Par sa seule beauté
- ou serait-ce aussi, posée sur
sa très longue tige, de simplement
se laisser aller à l'allegro du vent -,
par sa seule beauté, disais-je,
une rose dans le jardin de décembre
assure son équilibre
en se balançant sous le ciel
et sur la terre.  

 Francis Dannemark  ( né en 1955 ) 
 ( Calendrier de la poésie francophone 2011 ) 




dimanche 6 novembre 2016

Roses d'automne poème de Nérée Beauchemin


Plus de roses dans mon jardin, seuls survivent mes géraniums, quelques fleurs sur mon polygala, et mes hortensias ont triste mine en ce début de novembre.


Bientôt il nous faudra affronter l’hiver, saison qu’autrefois j’ai aimé et que désormais j’appréhende… les années passent…. ! 

Prima





Aux branches que l'air rouille et que le gel mordore,
Comme par un prodige inouï du soleil,
Avec plus de langueur et plus de charme encore,
Les roses du parterre ouvrent leur coeur vermeil.

Dans sa corbeille d'or, août cueillit les dernières :
Les pétales de pourpre ont jonché le gazon.
Mais voici que, soudain, les touffes printanières
Embaument les matins de l'arrière-saison.

Les bosquets sont ravis, le ciel même s'étonne
De voir, sur le rosier qui ne veut pas mourir,
Malgré le vent, la pluie et le givre d'automne,
Les boutons, tout gonflés d'un sang rouge, fleurir.

En ces fleurs que le soir mélancolique étale,
C'est l'âme des printemps fanés qui, pour un jour,
Remonte, et de corolle en corolle s'exhale,
Comme soupirs de rêve et sourires d'amour.

Tardives floraisons du jardin qui décline,
Vous avez la douceur exquise et le parfum
Des anciens souvenirs, si doux, malgré l'épine
De l'illusion morte et du bonheur défunt.

Nérée Beauchemin  (1850-1931)
Poète canadien





mercredi 21 septembre 2016

L'automne ... à Saint-Malo ___ Poème de Xavier Pierre




Quand le vent souffle de la mer
Sur les vagues des marées d'automne
Quand les pas du souvenir s'effacent
Que souffle la brise, sur la Passagère

Alors, je me souviens de lui,
Marchant solitaire près de Quelmer
Sur cette plage où la vague s'abandonne

Octobre " au Vallion " grelottait sur le sable.
Les cormorans, dans un claquement d'ailes,
Prennent l'air et s'envolent ... vers Saint Malo

Alors, je me souviens de lui.
Sur cette grève lointaine et monotone
Ressassée de vagues éternelles.
Où nous aimions rire et parler d'elles,
Notre Bretagne perdue, voilée, si belle

Dans les brumes du Mont-Saint-Michel
Quand mes pensées trop loin cheminent
Et morte-eau m'entraîne à Saint Malo
Là où passent les cavaliers du vent...

Alors, je me souviens de lui.
  
    Xavier Pierre  
      ( Aubes Armoricaines  )   

      



samedi 20 août 2016

Ô jours resplendissants roulés par l'eau de mer, _ Radiantes dias balanceados por el agua marina _ poème de Pablo Neruda




Ô jours resplendissants roulés par l'eau de mer,
et denses en leur coeur comme une pierre jaune,
ô la splendeur d'un miel respecté du désordre
qui préserva leur pureté rectangulaire.

L'heure crépite ainsi que l'essaim ou la flamme,
et vert est le besoin de plonger dans des feuilles
avant que tout en haut le feuillage devienne
un monde scintillant qui s'éteint et murmure.

Soif du  feu, multitude ardente de l'été
ô paradis que font seulement quelques feuilles :
pour la terre au visage obscur, pas de souffrances,

pour tous l'eau ou le pain, pour tous l'ombre ou la flamme,
et que plus rien, plus rien ne divise les hommes
que le soleil, la nuit, la lune, les épis.
                  
 Pablo NERUDA _ ( 1904 - 1973 )
( La Centaine d'amour )


samedi 9 juillet 2016

La réclame ( extraits )..... poème de Anaïs Ségalas


J’ai bien souvent pesté contre les publicités  qui envahissent ma boîte à lettres, tout comme celles qui envahissent nos mails et parfois les blogs. J’ai résolu le problème de ma boîte à lettres avec un autocollant fourni par La Poste… Quant aux  blogs, je conçois que certains hébergeurs qui offrent leurs plate-forme gratuitement ne peuvent pas «  vivre de l’air du temps »… mais parfois, «  trop c’est trop »…


Donc en feuilletant «  Poèmes de femmes, des origines à nos jours  » j’ai découvert un poème de Anaïs Ségalas qui m’apparut fort approprié à cette situation ... Prima



Annonces, prospectus, aux sept couleurs du prisme,
Rouges, verts, jaunes, bleus, on est vraiment lassé
De vous voir tout prôner, hors le charlatanisme
Qui préside à l’annonce  et n’est pas annoncé.

Pour tenter Cendrillon, on lui glisse au passage
L’adresse d’un soulier, qui lui fait un appel ;
Vers six heures on a l’adresse d’un potage ;
À l’abeille affamée on indique le miel.

…Place ! C’est l’afficheur… Auteurs, levez la tête :
C’est votre renommée à la blouse d’azur
Qui proclame vos noms sans tambour ni trompette
Et de vos grands succès fait parler chaque mur !

…On veut fuir prospectus, charlatans et tapage :
On rentre… on se repose, on déploie un journal…
Ciel ! La réclame y trône à la dernière page,
Bazar de l’industrie et palais de cristal !

…Tout veut briller aux yeux de la foule éblouie ;
Chaque ligne payée est un rayon vermeil
Et le caoutchouc même, inventé pour la pluie,
Demande son annonce et sa place au soleil !...


Anaïs Segalas  ( 1814 – 1893 )
( Nos Bons Parisiens, 1865 )





 Anaïs Ségalas est  une poetesse et critique membre de la Société des Femmes et de la Voix des Femmes à Paris en 1848, ainsi que d’autres organismes féministes parisiens en cette année là.

 Enfant précoce, elle a montré son talent poétique très tôt dans sa jeunesse quand elle a composé une ode d’anniversaire pour son père à l’âge de huit ans.

A quinze ans seulement, elle a épousé un avocat Basque, Victor Ségalas mais fait comme condition préalable de son mariage, son droit de développer ses talents littéraires, passant outre l’autorité matrimoniale de son mari.

A l’âge de seize ans, elle a édité sa première collection de poésies, Les Algériennes.

Elle pensait qu’une femme de talent possède le droit de poursuivre une carrière de ses propres moyens, appelant pour cela une certaine mesure d’égalité dans le mariage.






lundi 13 juin 2016

Le ravin des coquelicots… poème de Maurice Rollinat



« Ils éclatent dans le blé, comme une armée de petits soldats ; mais d’un bien plus beau rouge, ils sont inoffensifs.
Leur épée, c’est un épi.
C’est le vent qui les fait courir, et chaque coquelicot s’attarde, quand il veut, au bord du sillon, avec le bleuet, sa payse. »                
   Jules Renard  ( 1864 – 1910 )



                                           À Jules Breton.


Dans un creux sauvage et muet
Qui n’est pas connu du bluet
Ni de la chèvre au pied fluet
        Ni de personne,
Loin des sentiers des bourriquots,
Loin des bruits réveilleurs d’échos,
Un fouillis de coquelicots
        Songe et frissonne.

Autour d’eux, d’horribles étangs
Ont des reflets inquiétants ;
À peine si, de temps en temps,
        Un lézard bouge
Entre les genêts pleins d’effrois
Et les vieux buis amers et froids
Qui fourmillent sur les parois
        Du ravin rouge.

Le ciel brillant comme un vitrail
N’épand qu’un jour de soupirail
Sur leurs lamettes de corail
        Ensorcelées,
Mais dans la roche et le marais
Ils sont écarlates et frais
Comme leurs frères des forêts
        Et des vallées.

Ils bruissent dans l’air léger
Sitôt que le temps va changer.
Au moindre aquilon passager
        Qui les tapote,
Et se démènent tous si fort
Sous le terrible vent du Nord
Qu’on dirait du sang qui se tord
        Et qui clapote.

En vain, descendant des plateaux
Et de la cime des coteaux,
Sur ces lumineux végétaux
        L’ombre se vautre,
Dans un vol preste et hasardeux,
Des libellules deux à deux
Tournent et vibrent autour d’eux
        L’une sur l’autre.

Frôlés des oiseaux rebâcheurs
Et des sidérales blancheurs,
Ils poussent là dans les fraîcheurs
        Et les vertiges,
Aussi bien que dans les sillons ;
Et tous ces jolis vermillons
Tremblent comme des papillons
        Au bout des tiges.

Leur chaude couleur de brasier
Réjouit la ronce et l’osier ;
Et le reptile extasié,
        L’arbre qui souffre,
Les rochers noirs privés d’azur
Ont un air moins triste et moins dur
Quand ils peuvent se pencher sur
        Ces fleurs du gouffre.

Les carmins et les incarnats,
La pourpre des assassinats,
Tous les rubis, tous les grenats
        Luisent en elles ;
C’est pourquoi, par certains midis,
Leurs doux pétales attiédis
Sont le radieux paradis
        Des coccinelles.

Maurice Rollinat  ( 1846 - 1903 )






jeudi 19 mai 2016

La bouture ... poème de Sully Prudhomme


" Quand vous devenez pessimiste,
regardez une rose."

Albert Samain
( 1858-1900)



Au temps où les plaines sont vertes,
Où le ciel dore les chemins,
Où la grâce des fleurs ouvertes
Tente les lèvres et les mains,

Au mois de mai, sur sa fenêtre,
Un jeune homme avait un rosier ;
Il y laissait les roses naître
Sans les voir ni s'en soucier ;

Et les femmes qui d'aventure
Passaient près du bel arbrisseau,
En se jouant, pour leur ceinture
Pillaient les fleurs du jouvenceau.

Sous leurs doigts, d'un précoce automne
Mourait l'arbuste dévasté ;
Il perdit toute sa couronne,
Et la fenêtre sa gaîté ;

Si bien qu'un jour, de porte en porte,
Le jeune homme frappa, criant :
"Qu'une de vous me la rapporte,
La fleur qu'elle a prise en riant !"

Mais les portes demeuraient closes.
Une à la fin pourtant s'ouvrit :
"Ah ! Viens, dit en montrant des roses
Une vierge qui lui sourit ;

"Je n'ai rien pris pour ma parure ;
Mais sauvant le dernier rameau,
Vois ! J'en ai fait cette bouture,
Pour te le rendre un jour plus beau."

René-François SULLY  PRUDHOMME 
 (1839-1907)

Sully Prudhomme  poète et philosophe, Prix Nobel de littérature en 1901, homme pudique, aux délicatesses légendaires nous a livré dans son Journal intime de très belles Pensées, que je prends plaisir à relire de temps à autre.  




vendredi 6 mai 2016

Il étaient quatre petits renardeaux.... avec un poème " le petit renardeau " de Maurice Rollinat


Ils étaient quatre, quatre petits renardeaux, en ce jeudi de l'Ascension, venus s'ébattre dans mon jardin. Une surprise bien agréable. Mais d'où venaient-ils ? Je ne le sais !
Encore trop petits, les parents ne devaient pas être bien loin, mais ne se montrèrent pas.
J'eus le temps de les photographier derrière mes vitres, n'osant sortir de crainte qu'en me voyant il ne s'échappent.
Si je me suis amusée de leurs jeux, je n'ose plus laisser ma porte-fenêtre ouverte, en mon absence de la pièce, de peur de les retrouver dans ma maison. 
Celui-ci m'observait, à moins qu'il ne posait pour la photo.
Prima



Au bord de l’étang, le petit renardeau
Suit à pas de loup sa mère la renarde,
Qui s’en va guettant, sournoise et goguenarde,
Le canard sauvage ou bien la poule d’eau.

— Des nuages bruns couvrent d’un noir bandeau
Le soleil sanglant que l’âpre nuit poignarde.
Au bord de l’étang, le petit renardeau
Suit à pas de loup sa mère la renarde.

Sur un bois flottant qui lui sert de radeau,
Soudain la rôdeuse en tremblant se hasarde ;
Et moi, curieux et ravi, je regarde,
Caché par les joncs comme par un rideau,
Au bord de l’étang le petit renardeau.

Maurice Rollinat ( 1846 – 1903 )